Michael Aim
Fondateur & CEO
Le fait : un acte délégué adopté, un contrôle en cours
Le calendrier institutionnel est désormais fixé. Le 3 juillet 2026, la Commission européenne a adopté l'acte délégué final contenant les normes européennes de reporting de durabilité simplifiées. Un acte délégué distinct établissant une norme volontaire de reporting pour les entreprises hors du champ de la CSRD a été adopté simultanément.
Les deux textes sont maintenant entre les mains des colégislateurs. Les actes délégués sur les ESRS révisées et sur la norme volontaire ont été transmis au Parlement européen et au Conseil de l'UE pour contrôle. Les mesures s'appliqueront une fois expirée la période de contrôle de deux mois, prorogeable de deux mois supplémentaires.
La marge de manœuvre du Parlement et du Conseil est encadrée. La Commission a adopté les actes, mais une période de contrôle de deux mois, extensible à quatre, court désormais. Les deux institutions peuvent uniquement s'y opposer, pas les amender. En l'absence d'objection pendant la période de contrôle, l'acte délégué sera publié au Journal officiel de l'UE et entrera en vigueur.
L'application ne requiert pas de relais national. Les actes délégués entreront en vigueur une fois la période de contrôle écoulée. Aucune transposition en droit des États membres n'est nécessaire.
Ce que cela change : un cadre stabilisé, un volume réduit, un principe maintenu
Le contenu du référentiel se resserre. Selon la Commission, les nouvelles normes réduisent les datapoints obligatoires de plus de 60 % et l'ensemble des datapoints de plus de 70 % par rapport aux normes de première génération, avec une baisse attendue des coûts de reporting par entreprise supérieure à 30 %. L'intégralité des points de données facultatifs est supprimée.
Le socle méthodologique, lui, ne bouge pas. La réforme ne remet pas en cause les principes structurants : les entreprises concernées devront toujours établir un état de durabilité et réaliser une analyse de double matérialité afin d'identifier leurs impacts, risques et opportunités matériels. Cette analyse reste le point d'entrée du reporting thématique.
La lecture de la baisse de volume mérite une nuance. Un nombre de datapoints plus faible ne reflète pas les exigences de processus de l'analyse de double matérialité, qui reste le principal déterminant de ce qu'une entreprise doit publier et qui a été renforcée sur plusieurs aspects. Le débat se déplace donc du contenu des textes vers leur mise en œuvre.
Sur l'assurance, la trajectoire est arrêtée. Le passage à l'assurance raisonnable est définitivement abandonné, l'assurance limitée restant la règle.
Le calendrier : 2027 obligatoire, 2026 optionnel
Les dates d'application sont désormais lisibles. Les nouvelles exigences ESRS sont obligatoires pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027. Auparavant, elles peuvent être appliquées aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2026, selon l'une des options transitoires.
Pour l'exercice 2026, trois voies coexistent. Les entreprises déjà assujetties disposent, pour 2026, d'un choix : conserver les ESRS de 2023, adopter par anticipation les ESRS révisées, ou maintenir le jeu initial en bénéficiant de simplifications ciblées.
L'entrée en vigueur reste suspendue à l'issue du contrôle. Sauf objection, la publication au Journal officiel et l'entrée en vigueur devraient intervenir entre l'automne 2026 et le début de l'année 2027. Les entreprises peuvent commencer à publier selon les normes révisées sans attendre la fin de ce processus.
Ce qu'une organisation peut faire maintenant
L'application anticipée se prépare avant la publication au JOUE, pas après. Le premier geste est une cartographie des datapoints existants face au jeu révisé, afin d'identifier ce qui disparaît, ce qui demeure obligatoire et ce qui devient volontaire. Ce diagnostic conditionne le choix du référentiel cible pour l'exercice 2026 et la construction du plan d'action associé.
L'analyse de double matérialité reste le pivot de la feuille de route. Elle ne se réduit pas au comptage des points de données : elle détermine le périmètre du reporting thématique et doit être tenue à jour, business unit par business unit. La restitution du diagnostic gagne à distinguer les datapoints allégés des séries de données à conserver malgré tout, que les parties prenantes continueront de demander.
Enfin, l'évaluation ne se limite pas à la durabilité. Un programme de transformation cohérent relie le référentiel ESG aux exigences de cybersécurité et de gouvernance des données, dont les périmètres se recoupent en pratique. Un score par référentiel permet de prioriser les chantiers et d'objectiver l'avancement au fil du contrôle institutionnel encore en cours.